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Georges SARRE
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Troubles mentaux et dangerosité criminelle, une réflexion d’actualité
Le 13 novembre 2008, un déséquilibré a poignardé mortellement un étudiant à Grenoble. Le sujet est sensible et complexe. L’émotion que suscite cet acte dramatique est grande et légitime.
En réaction, le président de la République a demandé un fichier national des hospitalisations d’office, puis réclamé une réforme de l’hospitalisation psychiatrique consistant à mieux encadrer les sorties des établissements et à améliorer la surveillance des patients susceptibles de représenter un danger pour autrui. L’U.M.P. voudrait quant à elle ressortir la dangereuse antienne de la détection précoce. Ces réactions ne sont pas dénuées d’hypocrisie et ne sont, quoi qu’il en soit, pas à la hauteur de l’enjeu. La réforme de l’hospitalisation : une hypocrisie présidentielle
Le chef de l’État annonce un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques d'un montant de 30 millions d'euros. Cette « rallonge » n’est que l’application d’une mesure d’un plan « santé mentale » lancé en 2005, qui n’était pas entrée en application. Il était effectivement urgent de tenir les engagements pris il y a trois ans par le gouvernement auquel appartenait Nicolas Sarkozy !
N’oublions pas que l’État doit protéger les citoyens et garantir la sécurité sur l’ensemble du territoire : en sécurisant les hôpitaux psychiatriques, l’État ne fait qu’assumer son rôle. Les travaux de sécurisation des bâtiments ou encore d’aménagement des chambres d’isolement doivent être engagés sans plus tarder. La détection précoce : attention danger
On y avait échappé in extremis au moment du débat sur la loi du 5 mars 2007, et voilà que l’U.M.P. voudrait la ressortir ; la détection précoce des comportements violents est un concept dangereux.
S’il s’agissait d’être particulièrement attentif aux actes de violences dont les enfants sont auteurs et victimes, pour leur offrir des solutions collectives et individuelles appropriées (en terme d’éducation, de soutien aux parents, de soins…), on pourrait s’en féliciter. Mais la détection précoce envisagée par l’U.M.P. risque bien davantage de s’apparenter à une lecture déterministe de la vie, consistant à coller dès l’enfance à un individu l’étiquette de « fou dangereux », pour le maintenir aux marges de la société. A tout le moins, ce débat mérite d’être mené avec sérénité et sans démagogie, plutôt que d’être précipitamment ramené sur le devant de la scène à la faveur d’un fait divers. Un enjeu essentiel omis dans la réponse présidentielle : la prise en charge médicale en amont de la dangerosité criminelle
La complexité de la situation appelle des réponses moins simplistes que la création d’un fichier national ; et la surveillance, comme la Justice, ne peuvent répondre seules à la criminalité liée à une dangerosité psychiatrique, d’autant que cette approche conduit à attendre des crimes et des condamnations pour prodiguer des soins !
On peut concevoir aisément la nécessité de mieux surveiller les personnes atteintes de troubles mentaux. En revanche, notre politique publique ne peut se réduire à ce type de mesures nécessaires mais largement insuffisantes. Il est étonnant qu’il faille rappeler la nécessité d’une prise en charge médicale non seulement de la dangerosité psychiatrique, mais aussi des troubles psychiatriques qui peuvent nourrir une dangerosité criminelle. Autant dire qu’il faut avant tout mieux détecter et soigner les problématiques de santé mentale manifestées par des troubles nombreux et d’intensité variables, quand bien même ceux-ci n’ont pas encore abouti, et pour certains n’aboutiront jamais, à la commission d’un crime. Or, en la matière, l’Etat est en pleine régression. La réalité est un désengagement de l’Etat dans le domaine de la psychiatrie publique. Elle traverse une crise grave malgré le dévouement quotidien et la compétence des personnels de ce secteur. Depuis près de vingt ans, de nombreuses fermetures de lits sont à déplorer : on est passé de près de 80 000 lits en 1989 à 40 000 aujourd'hui. Or, le nombre de patients suivis en psychiatrie a été multiplié dans la même période par deux ! Les 4 unités pour malades difficiles annoncées sont à cet égard nettement en dessous des besoins réels. Quant aux soins des troubles mentaux en prison (8 détenus sur 10 présentent un trouble mental), ils bénéficient de moyens limités. Le droit à la santé en prison doit devenir une réalité. Je souhaite qu’il figure dans le projet de loi pénitentiaire toujours attendu devant le Parlement. Soigner en prison est aussi une façon de protéger la société. Le chantier est vaste et demande une mobilisation des moyens et des efforts sans précédents pour l’ensemble des patients : ceux qui sont en prison, ceux qui y ont déjà séjourné, et tous ceux qui n’y entreront jamais. Face à une situation complexe et très protéiforme, ne caricaturons pas les débats et concevons une réponse publique cohérente engageant des moyens médicaux à la hauteur des enjeux : détection des troubles, soins en hôpital et en prison. Georges SARRE Mercredi 3 Décembre 2008
Emmanuelle PIREYRE
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