Projets gouvernementaux en matière de recherche : la voix de Bruxelles



Une fois de plus, les Français résistent à un projet de régression gouvernementale. Une Ministre, Valérie Pécresse, est dans le collimateur. Le Président de la République a mis de l’huile sur le feu en critiquant les chercheurs, avec un style désormais habituel de parvenu méprisant. Mais au-delà du combat engagé entre la rue et le gouvernement, il faut comprendre d’où viennent ces projets.

En projetant de modifier le statut des Enseignants-Chercheurs, mais aussi et surtout en poursuivant l’objectif de donner l’autonomie aux Universités et autres établissements d’enseignement supérieur, le gouvernement s’inscrit dans la droit ligne de la stratégie européenne arrêtée à Lisbonne en 2000. Sous prétexte de parvenir à l’amélioration du niveau de formation supérieure des européens, censé leur permettre de se spécialiser tous dans l’innovation et la haute valeur ajoutée dans un contexte mondial libre-échangiste où les entreprises de main d’œuvre sont délocalisées au Sud, ce processus est en réalité une étape de la construction du grand marché européen libre et sans entrave : c’est au tour de la connaissance de muter en économie de la connaissance, une économie qu’il faut, bien sûr, soumettre à la concurrence libre et non faussée. Les lobbyistes bruxellois ont bien défendu les intérêts des investisseurs financiers (une fois de plus), qui voient dans ce secteur aujourd’hui largement public et à but non lucratif une opportunité formidable de profits financiers.

Le gouvernement agit donc avec deux leviers mais dans une seule direction : d’une part, il réduit le coût de l’enseignement supérieur et de la recherche pour l’Etat, en projetant de supprimer 900 postes d’enseignants chercheurs, ce qui sera rendu « possible » par la modification de leur statut, de sorte de réduire à peau de chagrin la part de recherche dans leur emploi du temps, au profit de l’enseignement ; d’autre part, il projette de donner l’autonomie aux universités, pour faire de leurs dirigeants des managers, qui devront parvenir à l’équilibre budgétaire, voire à l’excédent, en multipliant les recours aux emplois contractuels, et pourquoi pas aux activités lucratives, aux droits de scolarité toujours plus élevés (ce qui entraînera une sélection des étudiants, et une compétition pour attirer les étudiants issus des familles les plus fortunées), etc. N’en doutons pas, l’ultime étape de ce processus est pour bientôt : il s’agira de permettre des prises de participation de groupes privés dans les établissements d’enseignement supérieur, une fois que ceux-ci auront épousé la logique lucrative et concurrentiel qui sied à l’économie de marché.

Dans cette perspective, les enseignants chercheurs ont raison de se battre, et je leur apporte tout mon soutien et celui de mes camarades républicains de gauche du MRC. Ils ont raison de se battre contre le décret Pécresse, mais aussi, pour ceux qui poussent plus loin l’analyse, contre la loi sur l’autonomie des universités. Ils ont surtout raison d’annoncer une mobilisation mi-mars à Bruxelles, au moment où se tiendra la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement. Car là est, une fois de plus, le nœud du problème.

Georges SARRE

Vendredi 20 Février 2009


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La France est en péril... Son industrie, ses emplois, ses services publics, sa langue, l'égalité des chances et des conditions, et finalement toute idée d'intérêt général et tout lien social : voilà qui est mis à mal par l'oligarchie qui nous gouverne, à Paris, à Bruxelles, à Washington... et à Pékin.





Blog de Georges SARRE, ancien Ministre, Maire-adjoint de Paris chargé de la Sécurité et de la Prévention, Secrétaire National du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), Président du club Laïcité