Monsieur le Maire, chers collègues,
Paris est la capitale de la France. Ce rappel presque tautologique énonce un rôle particulier pour notre ville, donc notre collectivité.
Si, comme le disait De Gaulle, « il existe un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde », alors ce pacte existe entre Paris et le monde, a fortiori entre Paris et l’Europe.
Hier, le 9 mai, notre collectivité célébrait le rêve européen, selon les uns, le mythe européiste, selon les autres. Aujourd’hui, on ne peut pas s’affranchir de regarder en face la réalité européenne.
Une digue a dû être érigée hier face au tsunami spéculatif contre l’euro, tant sont béantes les fissures d’un édifice européen bâti cul par-dessus tête, sans les peuples, voire contre eux.
Ceux qui voulaient faire porter aux seuls Grecs la responsabilité de la crise qui les frappe, sont ainsi démentis par l’ampleur européenne du coup de semonce.
"Le peuple grec se sent humilié, victime d'une injustice flagrante ; on les accuse de tous les maux : fainéants, fraudeurs, irresponsables..." a déclaré mon ami Costa-Gavras.
Il faut réparer ce sentiment d’humiliation. Il faut redoubler de fraternité avec le peuple grec. Parce que c’est un peuple frère, comme tous les peuples, et de surcroît le dépositaire d’une part considérable de notre civilisation. La sensibilité, l’imaginaire du peuple français, et de nos voisins, sont nourris de mythes grecs : Ulysse, Thésée, Œdipe…
La bravoure grecque est continue à travers les âges, depuis Léonidas et ses 300 Spartiates, jusqu’à la résistance héroïque des Grecs en 1940, qui, six fois moins nombreux que les Italiens, repoussèrent pourtant les légions mussoliniennes…
Et l’héritage culturel contemporain : Manos Hadjidakis, Katina Paxinou, Irène Pappas, Melina Mercouri, Maria Callas !
Alors quoi, Paris, la ville lumière, la capitale politique et culturelle de la France, resterait muette au cri de douleur du peuple grec ?
J’ai appris que le vœu que j’avais déposé ne serait pas voté. Nous en reparlerons. Mais il ne sera pas dit, au moins, que des paroles de respect et de solidarité envers le peuple grec n’auront pas été prononcées dans l’hémicycle du Conseil de Paris...
En ce 10 mai, vingt-neuvième anniversaire de l’élection de François Mitterrand, je dédie cette question à mon ami Mikis Theodorakis, qui composa la musique de « changer la vie », l’hymne du parti socialiste…
Que les Grecs et tous les Européens gardent l’espoir : un jour, l’idéal de fraternité, d’égalité, de justice, l’idéal républicain et socialiste, soufflera à nouveau sur l’Europe, une Europe des peuples, une Europe de progrès partagés…
J’aurais aimé, j’aimerais, que ce souffle se lève à Paris.
Je vous remercie./