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Nicolas Sarkozy s’attend à être durement sanctionné, dans la rue puis dans les urnes, pour avoir soutenu et promu, à l’échelle nationale, européenne et mondiale, un capitalisme financier qui a manifestement failli, avec son cortège de souffrances sociales. A tort ou à raison, il croit dès lors que son salut politique passe par une énième instrumentalisation du sentiment d’insécurité et de la réalité de la délinquance. Seulement voilà : en la matière aussi, les faits sont têtus, et son bilan bien sombre. Il faut donc des boucs émissaires : les gens du voyage sont désignés ; en même temps, le quarteron des plus fidèles groupies de l’Hyperprésident est invité à le marteler dans l’opinion : « Si l’insécurité s’accroît, ce n’est pas la faute du gouvernement, mais celle des maires de gauche ». La bonne blague…
Responsable, par délégation du Maire de Paris, des actions de la commune et du département en matière de sécurité et de prévention dans la capitale, je voudrais remettre quelques points sur les « i »… Partout en France, les maires sont en première ligne. De quelles prérogatives la plupart des maires n’usent-ils effectivement pas, sinon les fruits secs du verbiage d’un législateur entraîné dans la spirale événement-écho médiatique-gesticulation politique ? Celles de leurs prérogatives qui sont utiles, les Maires s’en sont au contraire bien emparés ; mais ils sont freinés par l’assèchement des finances locales organisé par l’actuel gouvernement, et butent sur ses carences dans la chaîne de l’action publique de prévention et de sécurité…
Au chapitre des prérogatives bidon, les « rappels à l’ordre » auxquels le maire peut procéder à l’endroit d’un auteur de faits susceptibles de porter atteinte « au bon ordre, à la sûreté, à la sécurité ou à la salubrité ». Combien monsieur Estrosi en a-t-il opéré personnellement à Nice ? La réponse coule de source : très peu, voire aucun, comme dans toutes les grandes villes, y compris celles dirigées par la droite. Evidemment : cette prérogative n’a de sens que dans un village ou une petite ville, où le maire connaît personnellement les familles, et peut, à bon escient, « tirer l’oreille » d’un adolescent sur la mauvaise pente. Mais imagine-t-on que le maire de Bordeaux, de Marseille, ou de Lyon, ouvre un guichet derrière lequel il passera ses journées à « tirer l’oreille » de tous les jeunes délinquants de sa ville ? Grotesque. D’autant que c’est à la Justice qu’il appartient de qualifier une infraction et de décider d’y donner une suite, et laquelle !
Quant aux « Conseils des Droits et Devoirs des Famille », moins d’une vingtaine ont été créés depuis 2007, tant l’ensemble des élus s’accorde à considérer que c’est une mauvaise réponse à une bonne question : celle de la responsabilité parentale. Dispositif lourd, d’un formalisme achevé, il ne débouche sur rien, si ce n’est la recommandation d’une suppression des allocations familiales, comme si c’était la solution ! C’est bien connu, c’est avec les allocations familiales que les délinquants achètent des armes, par exemple, et c’est en les supprimant qu’on donnera de l’autorité aux parents qui en manquent ! Lamentable…
Mais les maires se sont saisis des prérogatives réelles qui sont les leurs : outre leurs pouvoirs de police, l’animation des politiques de prévention de la délinquance. Rien qui ait été inventé par la droite, puisqu’en la matière la loi de mars 2007 a consacré les pratiques mises en œuvre par la gauche depuis 1997, avec Jean-Pierre Chevènement, et l’instauration des Contrats Locaux de Sécurité.
Les maires sont désormais des acteurs de la chaîne de l’action publique en matière de prévention et de sécurité. On peut avoir une conception très volontariste de leur rôle, comme celle qui m’amène à souhaiter, à Paris, la mise en œuvre d’un suivi préventif et d’une orientation personnalisée des jeunes envoyant des signaux d’alerte laissant craindre leur basculement ou leur enracinement dans la délinquance. Mais il faut surtout constater les limites, dont la responsabilité incombe au pouvoir gouvernemental actuel, sur lesquelles bute la bonne volonté des Maires.
La plus évidente est l’assèchement financier des collectivités territoriales par cette droite, qui paye la crise des financiers, et le bouclier fiscal des donateurs UMP, avec l’argent des travailleurs, mais aussi celui des villes et des villages : chacun sait que les transferts de compétences de l’Etat ne sont pas intégralement compensés, que la litanie est infinie des dotations supprimées ou diminuées, sans parler de la Taxe Professionnelle, ou encore du projet inique, heureusement gelé, de restriction de la dotation de solidarité urbaine… En contrepartie, le Fonds Interministériel de Prévention de la Délinquance est bien maigre, qui a perdu un tiers de son volume entre 2007 et 2009, et dont, en 2010, moins de la moitié est effectivement consacrée à des politiques de prévention autres que la vidéosurveillance.
La plus grave est bien sûr le désengagement de l’Etat lui-même du champ, pourtant d’abord régalien, de la lutte contre l’insécurité. Après la funeste suppression de la police de proximité, créée par Jean-Pierre Chevènement puis Daniel Vaillant, la Police Nationale va à nouveau être frappée de plein fouet par la droite : 20000 postes de policiers et gendarmes seront supprimés ces trois prochaines années, en application de la RGPP ! Pire encore est la grande misère de l’institution judiciaire, pourtant au cœur de la chaîne de sécurité…
Il n’est donc pas possible, pour Nicolas Sarkozy et ses séides, de se défausser de leurs propres responsabilités, en accusant les Maires. La droite est responsable d’une aggravation flagrante de la délinquance : le nombre des atteintes volontaires à l’intégrité physique augmente de manière continue ces dernières années, +16% entre 2004 et 2009, et même +37% pour les atteintes « non crapuleuses », gratuites, qui sont probablement les plus préoccupantes quant au climat de violence qui règne dans nombre de territoires de la République.
Avec 240 000 faits de violences physiques enregistrés par l’OND entre le printemps 2009 et le printemps 2010, la France se situe à l’un de ses niveaux de violence les plus élevés depuis 1996. Beau bilan pour la droite… Il reviendra, je l’espère dès 2012, à une gauche responsable, humaine et ferme à la fois, républicaine en somme, de renverser la vapeur, par une politique économique et sociale juste, une politique d’instruction et d’éducation ambitieuse (y compris au plan de l’autorité des maîtres), une véritable politique de responsabilisation parentale, un renforcement considérable des moyens de la justice (à tous les niveaux où elle intervient, de la protection de la jeunesse à l’insertion des sortants de prison), le rétablissement de la police de proximité, et la mobilisation de l’ensemble des professionnels et des acteurs locaux : il faut assurer leur action partenariale, plutôt qu’y chercher les boucs émissaires de l’échec gouvernemental.
(1) Je m’y sens d’autant plus autorisé que, alors que j’exerce ce mandat depuis mars 2008, nous avons déjà élaboré et signé à Paris, et dans la plupart des arrondissements, à l’exception de quelques arrondissements retardataires à majorité UMP, de nouveaux contrats de sécurité ; nous avons approuvé dans la concertation le plan de vidéoprotection de la préfecture de police ; ou encore, nous avons renforcé nos équipes de Correspondants de Nuit - des médiateurs formés, compétents, au statut pérenne… D’ailleurs, le Maire UMP du XVe arrondissement, Philippe Goujon, signataire d’une tribune la semaine dernière vitupérant contre l’inaction des Maires en matière de prévention, s’était pourtant réjoui l’an dernier de la création d’un tel dispositif dans son arrondissement, décidée par Bertrand Delanoë, sa première adjointe Anne Hidalgo, et moi-même.
Par ailleurs, compte tenu de son statut particulier, c’est en grande partie indirectement que la Ville de Paris - commune et département - intervient dans le champ de la sécurité et de la prévention de la délinquance, en finançant les politiques municipales de la Préfecture de Police et la Brigade des Sapeurs Pompiers. Ce financement, sous forme de participation au « budget spécial » de la Préfecture de Police, a plafonné à 183 Millions d’Euros lorsque Philippe Goujon était le rapporteur de ce budget devant un Conseil de Paris majoritairement de droite, et Bertrand Delanoë l’a porté à 274 Millions d’Euros, Chritophe Caresche puis moi-même en étant les rapporteurs devant un Conseil de Paris majoritairement de gauche… Qui fait le plus pour la sécurité ?
Nicolas Sarkozy s’attend à être durement sanctionné, dans la rue puis dans les urnes, pour avoir soutenu et promu, à l’échelle nationale, européenne et mondiale, un capitalisme financier qui a manifestement failli, avec son cortège de souffrances sociales. A tort ou à raison, il croit dès lors que son salut politique passe par une énième instrumentalisation du sentiment d’insécurité et de la réalité de la délinquance. Seulement voilà : en la matière aussi, les faits sont têtus, et son bilan bien sombre. Il faut donc des boucs émissaires : les gens du voyage sont désignés ; en même temps, le quarteron des plus fidèles groupies de l’Hyperprésident est invité à le marteler dans l’opinion : « Si l’insécurité s’accroît, ce n’est pas la faute du gouvernement, mais celle des maires de gauche ». La bonne blague…
Responsable, par délégation du Maire de Paris, des actions de la commune et du département en matière de sécurité et de prévention dans la capitale, je voudrais remettre quelques points sur les « i »… Partout en France, les maires sont en première ligne. De quelles prérogatives la plupart des maires n’usent-ils effectivement pas, sinon les fruits secs du verbiage d’un législateur entraîné dans la spirale événement-écho médiatique-gesticulation politique ? Celles de leurs prérogatives qui sont utiles, les Maires s’en sont au contraire bien emparés ; mais ils sont freinés par l’assèchement des finances locales organisé par l’actuel gouvernement, et butent sur ses carences dans la chaîne de l’action publique de prévention et de sécurité…
Au chapitre des prérogatives bidon, les « rappels à l’ordre » auxquels le maire peut procéder à l’endroit d’un auteur de faits susceptibles de porter atteinte « au bon ordre, à la sûreté, à la sécurité ou à la salubrité ». Combien monsieur Estrosi en a-t-il opéré personnellement à Nice ? La réponse coule de source : très peu, voire aucun, comme dans toutes les grandes villes, y compris celles dirigées par la droite. Evidemment : cette prérogative n’a de sens que dans un village ou une petite ville, où le maire connaît personnellement les familles, et peut, à bon escient, « tirer l’oreille » d’un adolescent sur la mauvaise pente. Mais imagine-t-on que le maire de Bordeaux, de Marseille, ou de Lyon, ouvre un guichet derrière lequel il passera ses journées à « tirer l’oreille » de tous les jeunes délinquants de sa ville ? Grotesque. D’autant que c’est à la Justice qu’il appartient de qualifier une infraction et de décider d’y donner une suite, et laquelle !
Quant aux « Conseils des Droits et Devoirs des Famille », moins d’une vingtaine ont été créés depuis 2007, tant l’ensemble des élus s’accorde à considérer que c’est une mauvaise réponse à une bonne question : celle de la responsabilité parentale. Dispositif lourd, d’un formalisme achevé, il ne débouche sur rien, si ce n’est la recommandation d’une suppression des allocations familiales, comme si c’était la solution ! C’est bien connu, c’est avec les allocations familiales que les délinquants achètent des armes, par exemple, et c’est en les supprimant qu’on donnera de l’autorité aux parents qui en manquent ! Lamentable…
Mais les maires se sont saisis des prérogatives réelles qui sont les leurs : outre leurs pouvoirs de police, l’animation des politiques de prévention de la délinquance. Rien qui ait été inventé par la droite, puisqu’en la matière la loi de mars 2007 a consacré les pratiques mises en œuvre par la gauche depuis 1997, avec Jean-Pierre Chevènement, et l’instauration des Contrats Locaux de Sécurité.
Les maires sont désormais des acteurs de la chaîne de l’action publique en matière de prévention et de sécurité. On peut avoir une conception très volontariste de leur rôle, comme celle qui m’amène à souhaiter, à Paris, la mise en œuvre d’un suivi préventif et d’une orientation personnalisée des jeunes envoyant des signaux d’alerte laissant craindre leur basculement ou leur enracinement dans la délinquance. Mais il faut surtout constater les limites, dont la responsabilité incombe au pouvoir gouvernemental actuel, sur lesquelles bute la bonne volonté des Maires.
La plus évidente est l’assèchement financier des collectivités territoriales par cette droite, qui paye la crise des financiers, et le bouclier fiscal des donateurs UMP, avec l’argent des travailleurs, mais aussi celui des villes et des villages : chacun sait que les transferts de compétences de l’Etat ne sont pas intégralement compensés, que la litanie est infinie des dotations supprimées ou diminuées, sans parler de la Taxe Professionnelle, ou encore du projet inique, heureusement gelé, de restriction de la dotation de solidarité urbaine… En contrepartie, le Fonds Interministériel de Prévention de la Délinquance est bien maigre, qui a perdu un tiers de son volume entre 2007 et 2009, et dont, en 2010, moins de la moitié est effectivement consacrée à des politiques de prévention autres que la vidéosurveillance.
La plus grave est bien sûr le désengagement de l’Etat lui-même du champ, pourtant d’abord régalien, de la lutte contre l’insécurité. Après la funeste suppression de la police de proximité, créée par Jean-Pierre Chevènement puis Daniel Vaillant, la Police Nationale va à nouveau être frappée de plein fouet par la droite : 20000 postes de policiers et gendarmes seront supprimés ces trois prochaines années, en application de la RGPP ! Pire encore est la grande misère de l’institution judiciaire, pourtant au cœur de la chaîne de sécurité…
Il n’est donc pas possible, pour Nicolas Sarkozy et ses séides, de se défausser de leurs propres responsabilités, en accusant les Maires. La droite est responsable d’une aggravation flagrante de la délinquance : le nombre des atteintes volontaires à l’intégrité physique augmente de manière continue ces dernières années, +16% entre 2004 et 2009, et même +37% pour les atteintes « non crapuleuses », gratuites, qui sont probablement les plus préoccupantes quant au climat de violence qui règne dans nombre de territoires de la République.
Avec 240 000 faits de violences physiques enregistrés par l’OND entre le printemps 2009 et le printemps 2010, la France se situe à l’un de ses niveaux de violence les plus élevés depuis 1996. Beau bilan pour la droite… Il reviendra, je l’espère dès 2012, à une gauche responsable, humaine et ferme à la fois, républicaine en somme, de renverser la vapeur, par une politique économique et sociale juste, une politique d’instruction et d’éducation ambitieuse (y compris au plan de l’autorité des maîtres), une véritable politique de responsabilisation parentale, un renforcement considérable des moyens de la justice (à tous les niveaux où elle intervient, de la protection de la jeunesse à l’insertion des sortants de prison), le rétablissement de la police de proximité, et la mobilisation de l’ensemble des professionnels et des acteurs locaux : il faut assurer leur action partenariale, plutôt qu’y chercher les boucs émissaires de l’échec gouvernemental.
(1) Je m’y sens d’autant plus autorisé que, alors que j’exerce ce mandat depuis mars 2008, nous avons déjà élaboré et signé à Paris, et dans la plupart des arrondissements, à l’exception de quelques arrondissements retardataires à majorité UMP, de nouveaux contrats de sécurité ; nous avons approuvé dans la concertation le plan de vidéoprotection de la préfecture de police ; ou encore, nous avons renforcé nos équipes de Correspondants de Nuit - des médiateurs formés, compétents, au statut pérenne… D’ailleurs, le Maire UMP du XVe arrondissement, Philippe Goujon, signataire d’une tribune la semaine dernière vitupérant contre l’inaction des Maires en matière de prévention, s’était pourtant réjoui l’an dernier de la création d’un tel dispositif dans son arrondissement, décidée par Bertrand Delanoë, sa première adjointe Anne Hidalgo, et moi-même.
Par ailleurs, compte tenu de son statut particulier, c’est en grande partie indirectement que la Ville de Paris - commune et département - intervient dans le champ de la sécurité et de la prévention de la délinquance, en finançant les politiques municipales de la Préfecture de Police et la Brigade des Sapeurs Pompiers. Ce financement, sous forme de participation au « budget spécial » de la Préfecture de Police, a plafonné à 183 Millions d’Euros lorsque Philippe Goujon était le rapporteur de ce budget devant un Conseil de Paris majoritairement de droite, et Bertrand Delanoë l’a porté à 274 Millions d’Euros, Chritophe Caresche puis moi-même en étant les rapporteurs devant un Conseil de Paris majoritairement de gauche… Qui fait le plus pour la sécurité ?
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Remise de médailles aux acteurs de la prévention