Laïcité ? Chiche !



Charlie Hebdo retrouvera mercredi les kiosques, avec une Une, dont chacun peut apprécier si elle est vraiment drôle et vraiment audacieuse, mais qui reste dans la ligne de celle du mercredi 2 novembre dernier, le jour-même où « Charia Hebdo » avait vu ses locaux réduits en cendres par un engin incendiaire.

Chacun connaît mon appréciation balancée de cet hebdomadaire, et chacun peut discuter de la pertinence de ses choix éditoriaux. Mais une liberté surplombe ce balancement et ces débats : la liberté d’expression, a plus forte raison la liberté de la presse, sans lesquelles il n’est pas de démocratie. A fortiori, dans un état laïc comme la France, cette liberté inclut le droit au blasphème, de n’importe quel Dieu de n’importe quelle religion, qu’on le juge pertinent ou non pour la cohésion nationale.

Je me réjouis donc de cette re-parution, et j’achèterai ce numéro de Charlie Hebdo !

Mais je ne veux pas ajouter ma voix à la longue liste des pleureuses, souvent soudaines voire incongrues, d’une laïcité convoquée quand elle est arrangeante, et oubliée quand elle exigeante !

Je n’ajouterai pas ma voix à celle de Mme Le Pen, laïque hémiplégique, prompte à s’indigner d’un incendie qu’on imagine volontiers (même s’il faut attendre les résultats des enquêtes de police et que passe la Justice) manifester l’intolérance des islamistes, mais qui se montre beaucoup moins claire, voire complice parce que silencieuse, face aux manifestations de catholiques intégristes qui ont dénoncé outrageusement, depuis fin octobre, le spectacle de Romeo Castellucci : «Sur le concept du visage du fils de Dieu». Au passage, chapeau au Théâtre de la Ville, qui l’a programmée, dont je suis fier d’avoir été jusqu’à une date encore récente un administrateur, et dont je reste un spectateur fidèle.

Comment peut-on dénoncer l’intégrisme religieux de certains islamistes, et donner une bien peu laïque absolution, «par action ou par omission», à ceux qui, à l’instar de l’abbé Xavier Beauvais, de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, voudraient faire taire toute pensée libre sur le christianisme ?

De même, n’ajouterai-je pas ma voix à celle de Claude Guéant, laïc par intérim, puisque Ministre d’un Président qui est allé dénigrer, à la basilique du Latran, la République et ses instituteurs !

Je ne nie en rien deux millénaires d’histoire chrétienne de la France, qui expliquent bien des aspects de notre pacte social d’aujourd’hui, y compris bien des fondements de notre République. Mais cette histoire chrétienne a été, notamment, une source de combats ; la République s’est émancipée de l’Eglise et du christianisme, et la conquête laïque de 1905 pose la séparation de la sphère privée, où toute religion est libre, et de l’espace public, où aucune n’a droit de Cité puisque nous y sommes tous citoyens.

On ne saurait donc être hémiplégique ou intermittent dans la défense de la laïcité. Surtout, la laïcité vivra d’autant mieux que l’espace public des citoyens sera un vrai creuset, que s’y forgera un sens commun, que s’y dessinera un horizon collectif, bref, que la République reprendra son sens.

Je ne peux donc pas ne pas faire le lien entre ces violations du principe de laïcité, et l’abaissement d’une République sans républicains, qui n’a trop souvent de République que le nom, et qui dont l’extinction finit par laisser prise, la nature ayant horreur du vide, à toutes les quêtes identitaires, aux replis intégristes et communautaires en particulier…

A cet égard, je ne peux décidément pas associer ma voix à celle d’un Ministre de l’Intérieur d’un gouvernement qui a manipulé le concept d’identité nationale, le mêlant à la question de l’immigration, désignant du doigt des ressortissants de tel ou tel peuple comme ennemi numéro un sur le territoire national, qui a laissé l’éducation nationale - creuset républicain par excellence - se dégrader, qui a poussé jusqu’à un niveau rarement égalé la servitude à l’égard des intérêts privés et la relégation au second plan de l’intérêt général, et qui a parachevé l’œuvre de confiscation de la souveraineté de la France, sans laquelle il est bien difficile de faire vivre une communauté nationale en actes.

On ne sait pas qui sont les pyromanes qui ont incendié Charlie Hebdo, mais on sait qui sont les pyromanes qui nous gouvernent, ceux par la faute desquels la République se consume depuis des années, ouvrant les portes à toutes les dérives de l’argent roi comme des intégrismes fous. Il est temps d’appeler les pompiers !

Lundi 14 Novembre 2011
Equipe Georges-sarre.net

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La France est en péril... Son industrie, ses emplois, ses services publics, sa langue, l'égalité des chances et des conditions, et finalement toute idée d'intérêt général et tout lien social : voilà qui est mis à mal par l'oligarchie qui nous gouverne, à Paris, à Bruxelles, à Washington... et à Pékin.





Blog de Georges SARRE, ancien Ministre, Maire-adjoint de Paris chargé de la Sécurité et de la Prévention, Secrétaire National du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), Président du club Laïcité