La France face à la crise financière

20 mai 2008 - Intervention Georges Sarre sur la crise financière : état des lieux et mesures à prendre.



1. La crise est devant nous

Certains considèrent que le gros de la crise financière est derrière nous, les banques ayant déjà perdu ou provisionné près de 335 milliards de dollars.

Rien n’est moins certain pour autant. Je ne sais exactement dans quelle mesure nous pouvons avoir confiance en la capacité des banques à identifier des actifs pourris qui étaient il y a encore quelques mois notés triple AAA et en leur capacité à faire preuve de transparence …

Au-delà de la crise des institutions financières, se pose la question de son impact sur le reste de l’économie. Cet impact, c’est tout d’abord le resserrement du crédit aux entreprises constaté ces derniers mois, qui pèse déjà sur les investissements. Cet impact, c’est aussi la glissade structurelle du dollar par rapport à l’euro, qui ne va pas s’arrêter de sitôt.

Ces deux manifestations de la crise auront un effet durable qui plombera la compétitivité de notre appareil productif déjà bien affaibli.

2. Cette crise est l’occasion d’une prise de conscience

Si je choisis de ne pas traiter seulement la crise de l’industrie financière mais aussi la crise de l’économie réelle c’est parce que je considère que nous devons prendre conscience du système économique global qui est le nôtre.

Je constate malheureusement que la plupart des analyses qui sont parues sur cette crise se sont cantonnées aux jeux d’acteurs des banques, aux risques liés à une innovation financière mal maîtrisée. Loin de moi l’idée de donner un blanc seing à l’industrie financière.

Regardons néanmoins au-delà. Notre système économique est un système où ceux qui consomment ne sont plus ceux qui produisent. Les Etats-Unis et la Chine offrent une caricature de ce système. Les Chinois ne consomment que le tiers de leur PIB et exportent massivement. Les Américains consomment, eux, près des trois quarts de leur PIB et importent massivement.

Pour permettre à de tels déséquilibres d’exister, la finance prend une place disproportionnée. Les Américains ont consommé à crédit sur la base de la hausse virtuelle de leur patrimoine en actions – jusqu’à l’éclatement de la bulle Internet en 2001 – puis de leur patrimoine immobilier – jusqu’à l’éclatement de la bulle immobilière en 2007. Ils ont été soutenus par la politique de taux faibles de la Fed. Les Chinois apportaient aux Américains les réserves financières que leur apportait leur développement économique tiré par l’exportation.

Lorsque la confiance dans le système faiblit, ces déséquilibres ne sont plus tenables. C’est ce basculement auquel nous assistons aujourd’hui.

On se rend compte que les effets de richesse n’étaient que des effets d’optique. C’est alors tout le système de crédit qui est menacé avec pour conséquence un resserrement drastique du crédit. On se rend compte que les actifs en dollars ne sont pas aussi sûrs que l’on croyait. C’est alors tout le système financier international qui est menacé avec pour conséquence la clé la glissade du dollar.

3. Les mesures à prendre

Pour approcher des mesures de politique économique que nous pourrions prendre, je vous invite à aller encore un peu plus loin dans la prise de conscience de ce qu’est notre système économique. Si ceux qui consomment ne sont plus ceux qui produisent, c’est parce que les firmes multinationales exploitent les différences de modèles sociaux entre pays pour atteindre des taux de profits démesurés. Elles délocalisent.

Ayons deux chiffres en tête. Dans les pays du G7, la part de la rémunération du capital dans le PIB est passée de 10 à 16% entre 2001 et 2007 pendant que celle de la rémunération du travail est passée de 55 à 53% ! Ces chiffres sont significatifs compte tenu des quelques années qui les séparent.

C’est donc à un rééquilibrage global que nous devons procéder, une réorganisation de l’économie internationale. Je considère que nous ne pouvons faire l’économie d’une redéfinition de la politique commerciale et monétaire européenne.

L’enjeu dans 10 prochaines années est de mettre en place un nouveau Bretton Woods. Nous devrons revenir sur le système des « changes flottants » décidés unilatéralement par les Etats-Unis en 1971 et qui repose sur la confiance, désormais mise à mal, en le dollar. Nous devrons aussi revenir sur l’excessive libéralisation commerciale qui engendre les déséquilibres dont j’ai parlé.

Après ce quart de siècle de globalisation, c’est à une organisation continentale équilibrée de l’économie que nous devons passer, où chaque continent tend à consommer ce qu’il produit.

Vendredi 20 Juin 2008


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Blog de Georges SARRE, ancien Ministre, Maire-adjoint de Paris chargé de la Sécurité et de la Prévention, Secrétaire National du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), Président du club Laïcité