Déclaration de principe du Club Laïcité

L'actualité, depuis quelques mois, abonde de faits dont le point commun est de poser, de près ou de loin, la question de la laïcité dans nos sociétés modernes. A tous les niveaux, les débats affleurent : la question d'une référence aux " valeurs religieuses " de l'Europe dans une éventuelle constitution européenne, la polémique renaissante autour du port du foulard islamique dans les collèges et lycées, mais aussi dans les administrations et les services publics.



La laïcité n'est pas née en France avec la séparation des Eglises et de l'Etat. Elle est le résultat d'un processus qui prend sa source principale dans la philosophie des Lumières et répond au besoin d'émanciper le corps politique de l'emprise des religions. En choisissant de distinguer le collectif privé auquel appartiennent les religions et le collectif public constitué par la communauté des citoyens, la France a donné à la liberté de conscience sa plus haute définition. Elle a fait en sorte que chacun, croyant, agnostique ou athée, soit un membre égal d'un corps politique placé au-dessus des particularismes religieux. La séparation des Eglises et de l'Etat est donc l'aboutissement de ce processus d'émancipation, et de ce fait un élément indissociable de la République française. Mais surtout, la laïcité apparaît bien pour ce qu'elle est : un principe qui, comme tout principe, ne vaut que s'il est appliqué pleinement, et non une idéologie à laquelle on pourrait ou non choisir d'adhérer, une idéologie qu'on pourrait assouplir au nom de la " tolérance ".

Aujourd'hui, cette architecture est remise en cause. Certains lorgnent du côté du Concordat : il faudrait subventionner les cultes, pour résoudre les problèmes financiers auxquels ils seraient confrontés. Mais ce n'est pas à l'Etat de juger ce qui est une religion et ce qui n'en est pas : on voit d'emblée les inextricables problèmes qui naîtraient s'il fallait décider qui subventionner, entre les grands monothéismes, l'indouisme, le shintoïsme… D'autres, invoquant la crise du sens et des valeurs dans nos sociétés, prétendent que la laïcité ne serait pas adaptée à la modernité. On parle de " laïcité ouverte ", de " laïcité tolérante ", oubliant curieusement que c'est au nom de la tolérance que s'est fondée notre conception de la laïcité. Oubliant surtout que ce sont les religions qui doivent s'adapter à un principe universel leur permettant de vivre ensemble.

Les questions qui se posent à nous sont cruciales. La conjonction entre le développement de l'islam en France et un vacillement dans les valeurs qui ont fondé la communauté nationale ne doit pas être l'occasion de brader une laïcité qui est le cœur de ce qui fait la France. A l'échelon européen, la confrontation avec des pays qui n'ont pas la même tradition politique que nous ne doit pas nous conduire à abandonner une spécificité qui doit être notre fierté. Les enjeux sont bien concrets. Des choix que nous ferons dépendra le visage de la France de demain. Qui nous garantit qu'au nom de ces " valeurs religieuses " invoquées par l'Europe, on ne pourrait remettre en cause le droit à l'avortement sinon même la contraception ? Qui peut dire quelles conséquences aurait un renoncement sur la question du foulard islamique ?

Les contestations et mises en causes qui font aujourd'hui vaciller nos bases sont souvent le fruit d'une méconnaissance historique, et de nombreuses confusions. Confusion entre Etat laïc et Etat athée, entre laïcité et anticléricalisme, confusion entre clivage privé-public et clivage individuel-collectif. Autant de points qu'il nous appartient d'éclaircir, pour accomplir un nécessaire travail de pédagogie, et proposer à nos concitoyens un modèle de laïcité qui leur parle, pour ne pas les laisser dans une alternative fictive entre laïcards intransigeants et passéistes et tenants d'une pseudo " ouverture ". Pour comprendre, enfin, que cette question est au cœur de tous les débats actuels et à venir, et que de la réponse que nous lui donnerons dépend la continuation de la France telle que nous l'avons construite.

Samedi 14 Juin 2008


Mouvement Républicain & Citoyen | Club Laïcité


Pourquoi ce blog ?

La France est en péril... Son industrie, ses emplois, ses services publics, sa langue, l'égalité des chances et des conditions, et finalement toute idée d'intérêt général et tout lien social : voilà qui est mis à mal par l'oligarchie qui nous gouverne, à Paris, à Bruxelles, à Washington... et à Pékin.





Blog de Georges SARRE, ancien Ministre, Maire-adjoint de Paris chargé de la Sécurité et de la Prévention, Secrétaire National du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), Président du club Laïcité