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Georges SARRE
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Conseil National du MRCDimanche 28 mars 2010 - Allocution de Georges SARRE
"Chers Camarades,
Après ces élections régionales, le paysage politique apparaît décomposé. La droite est défaite. Le petit roi est tout nu. Son crédit qui fut grand s’est épuisé. Les belles promesses de celui qui s’annonçait comme le futur président du pouvoir d’achat sont restées sans lendemain. Trop de mesures ont été prises dans l’intérêt ostensible et cynique des privilégiés, comme le bouclier fiscal, le soutien aux banques accordé dans des conditions telles qu’on a assisté presque aussitôt au retour des profits, des dividendes et autres bonus. Trop de vulgarité, trop d’incohérences, de palinodies ont désorienté la droite traditionnelle. Trop d’inefficacité face à la montée du chômage et de l’insécurité, trop d’attaques contre les acquis sociaux et les services publics, trop de favoritisme envers les Proglio et autres Jean Sarkozy ont désillusionné les couches populaires qui pour une part avaient en 2007 fait confiance au nouveau président. La droite défaite ne sait plus à quel saint se vouer. Bayrou a vu s’évanouir ses dernières troupes. Villepin se prépare à en découdre, mais il a peu de partisans et vient de se faire souffler, moyennant un portefeuille ministériel, l’un de ses rares lieutenants. Copé qui manque de sérieux et le laisse trop voir s’empêtre dans des histoires de burka. Restent les deux chevaliers à la triste figure, dont l’un, Juppé, n’est plus dans la course. Quant à l’autre, j’ai nommé Fillon, il ne lui est pas difficile, par contraste avec son chef, de paraître sympathique et respectable, lui qui n’éprouve pas le besoin puéril de rehausser son prestige en se faisant escorter d’anciens mannequins. Mais si c’est lui maintenant qu’acclame le groupe des députés UMP, c’est bien faute de mieux et le moins qu’on puisse dire est que le charisme n’est pas au rendez-vous. Il sera plus difficile de convaincre et d’enthousiasmer les Français. La bande du Fouquet’s va-t-elle se trouver réduite, comme parfois dans le passé et comme dans de nombreux pays étrangers, à faire appel pour défendre ses intérêts, à quelque bon social-démocrate ? On voit déjà roder le spectre de Dominique Strauss-Kahn. Mais il est loin encore…et nous en sommes loin aussi. Face à cette droite décomposée, la gauche victorieuse a le triomphe modeste. Elle a de bonnes raisons de faire profil bas. Elle sait parfaitement depuis 2004, qu’après avoir gagné les régionales, il lui est aisé d’être mise en complète déroute aux présidentielles et aux législatives. Le vote des régionales a traduit, sans doute, une certaine approbation de l’action des caciques locaux. Mais, à l’évidence, il n’a en aucun cas au niveau national la signification d’un vote de confiance au profit des socialistes et de la gauche en général. En témoignent le niveau historiquement élevé des abstentions, surtout dans les quartiers populaires, ainsi que le retour du vote Front national ; l’un comme l’autre expriment la méfiance de très larges fractions de l’électorat à l’égard de la classe politique en son ensemble, droite et gauche confondues, incapables qu’elles sont, l’une comme l’autre, de répondre utilement aux frustrations et aux aspirations populaires. La gauche fut naguère plurielle ; voici maintenant qu’on la dit « solidaire ». Elle n’a pas plus de cohésion pour autant, mais les équilibres des forces y sont modifiés. La concurrence à l’extrême gauche n’a pas fait recette. L’addition dans le Front de gauche des maigres forces du Parti communiste et de Mélenchon leur a tout juste permis un résultat passable, mais il n’y a là ni charisme ni dynamique porteuse d’avenir. Le fait nouveau est le poids électoral confirmé d’Europe écologie, même s’il est en net recul par rapport aux européennes. Grâce au pacte de Nicolas Hulot, Sarkozy avait réussi à empêcher le courant écologiste de peser en faveur de la gauche aux présidentielles, puisque tout le monde, à droite, à gauche et au centre avait signé le fameux pacte. Chacun voit bien aujourd’hui que c’était du pipeau, que le Grenelle de l’environnement n’a été qu’une vaine représentation, que quand on embarque sur les listes UMP les restes de « chasse, pêche, nature et tradition », cela devient une quadrature du cercle que d’amadouer en même temps l’électorat écologiste. Bref, l’imposture sarkozienne de la campagne présidentielle en direction des écologistes a fait long feu, tout comme l’imposture symétrique en direction de l’électorat Front national qui retourne lui aussi au bercail. Retour vers la gauche de la sensibilité écologiste = nouvelles perspectives de succès. C’est bien, mais ceci ne va pas sans de redoutables ambiguïtés. Car les divers courants d’Europe écologie tirent à hue et à dia, depuis Cohn Bendit qui voudrait un simple réseau où sa personnalité forte et peu prévisible serait moins tributaire des contraintes collectives et qui en pince pour une alliance avec le centre, jusqu’à la direction actuelle des Verts qui se situe plus nettement à gauche. Certes, la main tendue au centre semble l’être aujourd’hui dans le vide. Mais n’oublions pas que derrière les outrances verbales de Cohn Bendit et de ses amis se cache en réalité un profond attachement à l’Europe supranationale et à l’économie ultra libérale. Si l’on ajoute à cela, de la part de certains écologistes, une répulsion assez rétrograde à l’égard de la civilisation industrielle et technicienne, on est obligé de constater que, si nécessaire soit-elle, l’alliance avec les écologistes ne sera pas un long fleuve tranquille et que pour éviter qu’elle ne tire l’ensemble de la gauche un peu plus à droite que de raison, il faudra plus de vigilance que n’ont eu souvent les socialistes en ce domaine. Les socialistes restent naturellement la clé de toute alternative. Excellent dans la gestion des collectivités territoriales, ce parti est d’assez longue date catastrophique au plan national. Au plan personnel, ses hommes sont pourtant dans l’ensemble nettement moins mauvais que ceux de la droite. Alors, que leur manque t’il ? Un leader incontesté ? Evidemment ! Mais il leur manque surtout pour convaincre un projet nettement démarqué des orientations de la droite. Ce manque n’est pas propre aux socialistes ; il affecte aussi beaucoup d’autres formations social-démocrates européennes. Nous butons aujourd’hui sur la crise, une crise profonde et sans nul doute beaucoup plus longue qu’on voudrait nous le faire croire. Alors, quel projet pour la gauche dans ce contexte de crise ?
Si la gauche devait prochainement revenir au pouvoir, le moins qu’on puisse dire est que ce ne serait pas dans un moment favorable.
La crise bancaire par laquelle tout a débuté a été provisoirement résorbée, sans qu’au fond rien ne soit résolu. Les paradis fiscaux subsistent malgré les rodomontades sarkoziennes. Les banquiers et leurs proches entourages continuent à se gaver. La contradiction fondamentale du système est toujours là : les grands établissements bancaires peuvent continuer les spéculations les plus hasardeuses en toute irresponsabilité, aux risques et périls du contribuable, puisqu’elles sont trop importantes pour qu’on les laisse faire faillite et que le credo libéral empêche de les nationaliser et même de les contrôler de manière efficace. A l’évidence, il est nécessaire de prendre des mesures de salut public, de revoir en totalité les règles de gouvernance de l’euro et de la politique économique au sein de la zone euro. De même la nécessité d’un grand emprunt européen est une priorité. Voici maintenant une deuxième phase dont les difficultés de la Grèce ne sont que le prodrome : c’est la crise de solvabilité de nombreux Etats. Déjà affaiblis par une longue période d’insouciance et de laxisme budgétaire, ils ont reçu le coup de grâce lorsqu’il leur a fallu de surcroît secourir les banques et assurer la relance d’économies affaiblies. La France elle-même est loin d’être à l’abri, étant d’ores et déjà confrontée à l’énorme déficit de ses finances publiques. Celui-ci est encore appelé à s’aggraver de par le fait du prince qui trouve toujours de nouvelles dépenses sans jamais créer de recettes correspondantes, sous le prétexte qu’il n’a pas été élu pour augmenter les impôts. La gauche, si elle revient, trouvera le pays en état de quasi-banqueroute. Notre malheureux pays est d’ores et déjà confronté à une troisième catégorie de difficultés : ce sont celles qui résultent de notre manque de compétitivité, notamment industrielle, dans une économie mondiale largement ouverte à la concurrence. D’où un processus massif de délocalisations, de licenciements et de montée du chômage. Entre 2000 et 2007, la France aurait perdu jusqu’à 500.000 emplois industriels et quoiqu’en dise Sarkozy, ce n’est évidemment pas terminé ; il n’y a qu’à observer ce qui se passe chaque jour. Car après avoir sacrifié dans le cadre du libre-échange nos industries traditionnelles au profit de l’ouverture des marchés émergents à nos produits de haute technologie, ces produits eux-mêmes commencent à se heurter à de nouveaux concurrents, moins chers que nous ne sommes. L’Allemagne, elle, a su rester compétitive. Elle le doit pour une part à la politique d’austérité et de compression des coûts de la main-d’œuvre lancée sous Schroeder et poursuivie par les gouvernements suivants ; elle le doit surtout à son ancienne tradition industrielle et à l’aptitude de ses entreprises à s’emparer de créneaux rentables à l’exportation. Les remèdes que propose la droite à cette situation sont bien connus. Ils sont pour l’essentiel de tenter d’alléger les coûts de main-d’œuvre et les charges publiques dans l’espoir de rendre ainsi les entreprises plus compétitives, plus prospères, et de relancer ainsi l’emploi. Il s’agit plus précisément de liquider le modèle social protecteur établi après la Libération, à l’époque où la droite était trop affaiblie pour s’opposer à la mise en œuvre du programme du Conseil national de la Résistance ; il s’agit de détruire les acquis sociaux et de démanteler les services publics, avec sur ce point l’obligeant concours de l’union européenne qui veut établir partout le règne de la concurrence libre et non faussée. Ils ont donné à cette entreprise de régression sociale le nom de « réformes » et l’anathème de l’immobilisme est jeté sur quiconque s’ y oppose. Cela ne marche pas, chacun peut le voir. Cette politique n’est efficace que dans la destruction. En réponse au vote de dimanche dernier, Sarkozy n’a rien trouvé de mieux que d’en annoncer le maintien et l’aggravation, sur le thème : « à droite tout », avec en prime l’abandon de la taxe carbone. On frémit en pensant que cela risque de durer encore plus de deux ans, avec des conséquences dramatiques et pour beaucoup irréversibles. Si la gauche n’avait pas une politique vraiment différente à proposer et à mettre en œuvre, mieux vaudrait pour elle rester à la maison. Alors, quelle politique ? En quoi différente de celle de la droite ? En premier lieu, s’il est vrai que la situation est mauvaise et exige plus de sacrifices qu’elle n’offre de marges de manœuvre, la gauche peut et doit exiger que ces sacrifices soient équitablement répartis. Au moment ou on rogne sur le logement social, sur l’éducation, sur la Sécurité sociale, bientôt sur les retraites, comment ne pas s’indigner de voir les très hauts revenus, atteignant parfois plusieurs millions d’euros, protégés par le bouclier fiscal ? Comment ne pas s’indigner de voir les bonus, les dividendes et autres prébendes des capitalistes les mieux lotis échapper à la sévère taxation que la gravité de la situation appelle et que d’ailleurs la Cour des comptes elle-même a préconisée ? L’équité sociale est absente de la politique de la droite ; elle sera la première pierre de touche d’une politique de gauche. D’une politique de gauche, il faut attendre aussi qu’elle rompe avec ces mesures vexatoires et inefficaces, directement inspirées par de fausses considérations idéologiques, qui sont la trame de la politique sarkozienne. Ainsi la détaxation des heures supplémentaires qui n’est qu’une tentative de détricoter les trente-cinq heures, et de donner un contenu au creux slogan de « travailler plus pour gagner plus » ; comme si les entreprises avaient à distribuer en masse des heures supplémentaires dans le contexte actuel et comme si la responsabilité principale de nos difficultés économiques incombait à la malheureuse loi Aubry ! Ainsi le stupide et aveugle principe du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite, justement critiqué par la Cour des comptes sous la présidence de Philippe Séguin : comme si nous avions besoin de moins d’enseignants, de policiers ou d’infirmières et comme si dans de nombreux cas comme celui de Pôle emploi, la compression des effectifs d’agents publics n’avait pas pour corollaire le recours accru à des prestataires privés, plus chers et moins efficaces. Seule l’idéologie anti- fonctionnaires y trouve son compte, mais pas la qualité du service public et même pas l’économie des deniers publics. Tourner le dos à la politique de Sarkozy sur ces points sera à la fois salubre, possible et nécessaire. Mais il restera encore à traiter des questions autrement plus essentielles, autrement plus redoutables : comment ré-industrialiser ce pays qui dépérit ? Comment sauver son agriculture ? Comment relancer sa recherche ? Comment rendre effective l’égalité des chances entre jeunes de toutes origines ? Comment ouvrir effectivement la citoyenneté française aux populations immigrées ? Comment faire passer du rêve à la réalité le droit au logement théoriquement prévu par la loi ? Comment rééquilibrer les finances publiques ? Rien ne serait pire pour la gauche que de tenter de faire croire, comme l’a fait Sarkozy en son temps, qu’elle pourrait faire dans le contexte actuel tout ce que les précédents gouvernements n’ont pas fait dans des contextes moins difficiles. Il faut laisser à l’extrême gauche les « faut qu’on » et les « n’y a qu’à ». Interdire les licenciements aux entreprises faisant des bénéfices est une belle idée, mais il vaut mieux ne pas l’avancer avant d’avoir sérieusement calculé son impact sur les recrutements à venir. Augmenter massivement les salaires est une perspective séduisante, mais quel en serait l’impact sur la compétitivité, sur les chances même de survie de nombreuses entreprises et donc sur l’emploi ? Les marges de manœuvre sont cruellement limitées. Est-il possible de les accroître et à quel prix ? Les règles du commerce international qui nous mettent en concurrence avec des pays pratiquant un dumping social et environnemental, la politique de l’euro fort sont pour une large part à l’origine de nos difficultés en matière de compétitivité. L’Allemagne qui s’en accommode finira t’elle par se laisser convaincre d’aller vers plus de préférence européenne, vers moins de laxisme envers les dumpings de toute nature ? L’ouverture des frontières intra-européennes sans harmonisation des politiques fiscales et sociales a ouvert une course dommageable au moins disant en ces matières. Faut-il entrer dans cette course ou agir pour une harmonisation au prix de nouveaux abandons de souveraineté ? L’adoption d’une monnaie commune par un ensemble d’Etats pratiquant des politiques économiques et budgétaires diverses est une source d’incohérences non soutenables à terme. On le voit bien dans la crise grecque. Faut-il aller vers un gouvernement économique de la zone euro ou laisser celle-ci aller à l’explosion qui la menace ? L’avenir et la prospérité de notre pays sont liés à ces graves questions, dont aucune à ce stade ne dépend de la France seule, mais bien de sa capacité à convaincre et entraîner ses partenaires. Ce sont des questions difficiles, qui appellent des études approfondies en concertation avec les spécialistes et les responsables politiques des principaux pays partenaires. La gauche aura une véritable crédibilité le jour où elle pourra donner l’impression de maîtriser ces problématiques, au delà d’une simple proclamation de sa préférence pour le maintien des acquis sociaux sans pouvoir expliquer comment celui-ci sera possible dans l’impasse où se trouve le pays.
Quelle est dans ce contexte la tâche du mouvement républicain et citoyen, dans l’urgence ?
Nos forces sont réduites, malgré les quelques beaux résultats obtenus dans certaines régions. Cela ne nous ôte pas la capacité d’être utiles. Ecartons d’abord l’idée de rejoindre le front de gauche. La principale raison d’être de cette formation est de défendre les derniers bastions électoraux du Parti communiste tout en s’efforçant de tirer le Parti socialiste un peu plus à gauche. Ce n’est pas là que les choses pourront se décider, mais bien au PS lui-même. Il doit demeurer, bon gré mal gré, notre interlocuteur privilégié. Mais il ne peut non plus être question de le rejoindre. Nous y serions noyés et inaudibles. Le mouvement républicain et citoyen, même sans en exagérer le poids sur le terrain brutal des rapports de forces politiques, conserve son utilité en tant que formation autonome. Cette utilité est double. Elle est d’abord celle d’un laboratoire d’idées, consacré à la défense, à l’adaptation aux temps nouveaux et à la promotion de l’idéal républicain. A qui d’autre qu’à nous cette mission pourrait-elle incomber en ce temps où tant de gens honorent la République en paroles mais si peu en action et en vérité ? Ce laboratoire d’idées doit aussi continuer à se consacrer à la prospective politique, trop négligée, mais indispensable en ce temps où la mondialisation crée entre les phénomènes économiques et sociaux les plus divers d’inextricables réseaux d’interdépendances dont la connaissance est essentielle à l’action politique. Notre projet, nos propositions programmatiques, sans cesse approfondis et actualisés, défendus avec le talent et l’autorité que chacun lui reconnaît par notre président Jean-Pierre Chevènement pourront apporter une contribution essentielle au débat public et au futur projet de la gauche. Et puis notre mouvement doit encore continuer à servir comme réseau territorial de militants et d’élus, insérés dans le tissu des collectivités locales, des syndicats, des associations, la réflexion et l’action se nourrissant l’une l’autre. L’insertion des militants et élus MRC au sein des forces de gauche s’effectue sur le terrain dans des conditions très diverses, mais à chaque fois, c’est pour ces forces un enrichissement véritable. Croyez-vous, mes chers camarades que ces perspectives réalistes et ambitieuses à la fois, ne soient pas de nature à intéresser des jeunes avides de servir la collectivité et en même temps Justement méfiants à l’égard des vieux partis et des mouvements extrémistes. Pourquoi pas une campagne d’adhésions ? Tout notre militantisme consiste aujourd’hui à relever le gant, c'est-à-dire faire vivre une ligne politique de renouveau dans un pays en pleine dépression, aller à l’idéal, fonder un avenir. Faire partager nos idées, nos propositions, aller de l’avant. Telle est notre perspective réaliste. Autrement les jeunes, les parents, des milliers, des dizaines de milliers de travailleurs voudront en découdre. Lundi 29 Mars 2010
Patrick TRANNOY
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