Bientôt le canal Seine-Nord ? Pas sûr...



Bientôt le canal Seine-Nord ? Pas sûr...
Le Président de la République vient d’annoncer devant les caméras, dans la Somme, le déblocage du dossier du Canal Seine Nord. On ne peut que s’en réjouir : ce projet, dont j’avais pris l’initiative il y a vingt ans (et que j’avais encore défendu le 21 décembre 2009 auprès de Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée), en même temps que le nouvel établissement public Voies Navigables de France, s’inscrivait, face à la saturation autoroutière, dans un vaste projet de développement de la voie d’eau et d’aménagement des territoires francilien, national et européen. On ne peut donc, à présent, que s’exclamer : enfin ! Pour autant, et hors de tout souci polémique, eu égard à l’importance des enjeux économiques de ce grand projet, force est de s’interroger et de s’inquiéter. Car le coup d’envoi donné au dialogue compétitif entre les deux groupes de travaux publics intéressés à la réalisation et à l’exploitation de cette infrastructure majeure est loin de garantir sa bonne fin. Et ce pour plusieurs raisons :

- d’abord, parce que les délais successifs qui ont fait déraper les coûts depuis 15 ans et plafonner les subventions publiques prévues ont eu pour conséquence d’empêcher le bouclage financier du projet, qui demeure encore aujourd’hui incertain face aux 4,3 milliards d’euros d’investissement requis ;

- ensuite, en raison des incertitudes croissantes résultant des ambigüités de la formule du partenariat public-privé, qui requiert de la part de l’Etat des engagements financiers complémentaires pour assurer la rentabilité future de l’investissement projeté et surtout de son exploitation, compte tenu de l’intention des collectivités territoriales concernées de tirer aussi profit des plateformes portuaires implantées le long du canal ;

- enfin et surtout, parce que les engagements nécessaires de l’Etat risquent de devoir être assimilés à un endettement autant potentiel que réel venant alourdir la dette de la France, suscitant réserves et atermoiements de divers Services de l’Etat, notamment du cabinet du Premier Ministre.


D’où la question qu’on est en droit de se poser : une inauguration et une déclaration présidentielle suffiront-elles à surmonter la sourde hostilité voire l’opposition gouvernementale? Inutile cependant de s’alarmer et de redouter une crise sur ce sujet au sein de l’Exécutif. Pour la simple raison que la réponse ne pourra intervenir qu’au terme du dialogue compétitif, au mieux dans 18 mois, au lendemain de l’élection présidentielle. Tous les candidats en campagne vont donc soutenir le projet, tandis que dans l’ombre, les adversaires habituels de la voie d’eau continueront de multiplier les chausse-trappes pour faire durer les arbitrages, déraper les coûts et capoter le projet. A moins d’un sursaut, pour préciser rapidement et officiellement les règles du partenariat, et obliger les éternels adversaires de la voie d’eau en France à afficher clairement leur opposition à un mode de transport économique et écologique qui a la faveur d’un nombre croissant d’usagers et de citoyens. Bref, il faut donc poursuivre publiquement et clairement le débat entre toutes les parties concernées, sur les modalités de financement et d’exploitation de cet ouvrage d’intérêt national. Ses chances de réalisation y gagneraient. La démocratie aussi.

Vendredi 8 Avril 2011
Equipe Georges-sarre.net


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Blog de Georges SARRE, ancien Ministre, Maire-adjoint de Paris chargé de la Sécurité et de la Prévention, Secrétaire National du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), Président du club Laïcité